03 janvier 2012
qu'est ma candeur devenue
Chloé est à l'hôpital. Encore. Comme sa mère a eu la bonne idée d'y être déjà pour une bête histoire de hernie discale, c'est moi qui me retrouve en charge de la môme. Elle est déjà teigneuse quand tout va bien, alors quand elle a mal, c'est une vrai bonheur de tous les instants à savourer sans modération, je vous jure.
Cette fois, elle ne s'est rien cassé. Et pour une fois, elle n'a envoyé personne d'autre à l'hôpital non plus. D'où peut-être mon agacement et mon manque de patience et d'attention à son égard. Déçu. La paternité est une désillusion de tous les jours, souvent pour l'enfant, encore plus fréquemment pour le père. Elle s'est faite mordre par un chien, cette petite conne. J'ai vérifié qu'on n'avait pas fait piquer le chien dans la foulée, comme c'est trop souvent le cas dans ce genre d'histoire. Parce que, bien sûr, quand même, Chloé l'a bien cherché. Elle n'a pas mis le feu à sa queue ni cherché à la raccourcir à coups de ciseaux, mais apparemment elle lui jetait des cailloux, "parce qu'il avait l'air nigaud". Pas de quoi fouetter un chat, diront certains. Mais de quoi se faire mordre par un clébard. Si je n'étais pas depuis si longteps niché dans l'irresponsabilité parentale la plus complète, je songerais presque à reprendre son éducation en main.
Quand je suis rentré dans sa chambre, son petit corps était allongé sur le lit d'hôpital, pas bien vaillant, emmailloté de pansements, vaguement perfusé. Et ma gamine avait beau être dans le coltar, quand elle m'a vu rentrer elle a su que ça ne rigolait plus. Moi qui lui passe tant de choses et l'encourage assez souvent dans ses penchants retors, je n'excuse jamais la cruauté gratuite infligée à des animaux. Et là, il y a presque du double pléonasme, dans l'histoire. Je l'ai embrassée assez froidement sur le front, ai déposé sur sa table de chevet un doudou tout neuf (un chien en peluche), une boîte de chocolats à l'armagnac et une poignée de cailloux. Je me suis assis dans le fauteuil bas et moche mais assez confortable dont était affligée la chambre, j'ai sorti une cigarette et, tout en l'allumant machinalement, j'ai à nouveau regardé ma fille dans les yeux. Je lui ai demandé comment elle allait. Elle n'a rien répondu. Caractère de chien.
Comme son père, je sais.
30 décembre 2011
Amène ta joue que j'y frotte ma main
Michel est adorable. Non, vraiment. En tout cas, quand il n'a pas bu, franchement c'est un mec plutôt sympa et intéressant. Le problème c'est que depuis 7 ans que je travaille dans ses parages, je crois que je ne l'ai jamais vu sobre. Ce n'est pas moi qui vais lui jeter la pierre sur les petites habitudes regrettables avec l'alcool, mais ça le rend vraiment con, le Michel.
Aujourd'hui, il m'a un peu tout fait. Et comme tous les vrais connards, quand on lui montre qu'il est dans l'erreur, il donne dans la surenchère agressive plutôt que de se la jouer humble et repentant, histoire qu'on passe à autre chose et que le pilule passe mieux pour tout le monde. Aujourd'hui, ça a quand même été le festival. C'est bien simple, il n'a pas arrêté. Même Lina, pourtant d'ordinaire assez patiente, a montré des signes très visibles de barbarie montante. Le pompon, c'est quand il m'a renversé une pleine tasse de café chaud sur la chemise et le pantalon en m'engueulant illico rapport au fait que je pourrais quand même regarder où je vais. Là, j'ai vraiment failli le cogner.
D'ailleurs, il a bien vu la petite lumière dansante dans mon regard, celle qui danse en disant "là on est en roue libre mon bonhomme, je ne peux pas encore te dire si oui ou non je te fais bouffer le coin du bureau ou si j'attends un peu de trouver une meilleure idée". Il a filé en grommelant, mais il a filé vite, quand même. J'ai bien été tenté de te me l'attraper par derrière et lui fourrer un bout de membre en travers de sa gueule de connard. Mais je me suis contenté de penser à ma soirée et à la chemise de rechange que j'avais dans ma voiture. En revanche, en allant chercher cette dernière, je me suis souvenu que je n'avais pas de pantalon de rechange, par contre, et je me suis fait plaisir sur le chemin du retour en traçant un sillon au tournevis dans l'aile droite de la voiture de Mihel. Avec un peu de chance il s'en apercevra une fois rentré chez lui. Joyeux Noel, Michel.
28 décembre 2011
Le fruit du ver
La compagnie des vivants est souvent surestimée ; celle des défunts est injustement regardée comme morbide et déprimante. J'ai passé beaucoup de temps dans les cimetierres par le passé. D'abord comme enfant de choeur (bon sang ne saurait mentir), puis pour y braver quelques tabous (eros et tanathos, baiser dans les cryptes, tout ça...) et attraper quelques rhumes coriaces par la même occasion, puis comme simple pleurant éperdu, rôdant autour des mêmes tombes sans trop savoir qu'y faire, qu'y dire, qu'en attendre, qu'y laisser.
Et me revoila, devant toi. Pas davantage malin, mûr, accompli, ni avancé dans l'existence, pas devantage capable pour ça d'eprunter les autoroutes comme tout le monde plutôt que les chemins de traverse, qui sont pourtant parfois tout aussi complaisants et balisés, et qui font pourtant perdre tant de temps. Me voila devant toi, "papa", avec ces foutus guillemets que je n'aurai pas assez d'une vie pour arracher. Avec cette rage et ce manque que tu m'as légués comme on donne la chtouille ou le scorbut. Tu sais bien que ça fait des années que je ne viens plus cracher, pisser ou répandre un quelconque autre fluide corporel, sang, foutre ou larme, sur ta misérable mais digne pierre gravée. Je t'ai même amené des fleurs, tu vois. Tu détestais les fleurs, ceci explique peut-être celà.
Si jamais tu as eu en toi cette foi dont tu étais si prodigue, qu'elle te donne raison en une vie après la mort, tu dois bien te marrer, vieux salopard. A voir courir le fleuve fécond des vies que tu as salopées, à voir se distiller sans se diluer la cigüe fétide qui fait les grands drames et les petites impuissances. Je préfère penser que tu n'es plus rien, que tu n'observes rien, bien que je ne craigne pas ton regard et que je m'amuse presque de son éventualité. Je passerai d'ailleurs moins de temps en ta compagnie qu'en celle d'autres morts, pas toujours plus dignes mais néanmoins plus méritants, plus humains et plus vifs dans le sillage lumineux qu'est leur souvenir en moi. Ta pierre s'érode, vieux chien, et personne ne l'entretient. D'aucuns t'auraient voué à la fosse commune, s'ils avaient su. Moi seul parmi ceux qui restent sait combien il est plus juste de te laisser pourrir confortablement dans ce coin de cimetière isolé et ringard, disparaitre lentement, sous une dalle qui porte un nom que personne ne vient lire.
Continue à crever en moi, j'ai beau savoir que ça n'en finira jamais et que jamais ne viendra la oindre délivrance, le moindre soulagement, c'est toujours important de venir, sporadiquement, constater l'avancée du travail de deuil. C'est le seul espoir qui me reste, tu le sais bien. Je ne vais pas te faire l'honneur de le brader.
24 décembre 2011
première bouffée d'air vicié avant la descente
Il se passe un moment assez long durant lequel je ne sais pas trop si je suis réveillé ou pas. Des choses se passent autour de moi, des gens parlent, certains font des gestes, semblent savoir ce dont il s'agit, en tout cas forment un décor crédible et cohérent autour de mon fauteuil. Fauteuil par ailleurs confortable et sur lequel mon corps assoupi et défait paraît s'être abandonné pendant un temps flou et lourd, pas tout à fait révolu et qui ne veut pas s'en aller facilement.
J'émerge quand même un peu. J'ai renversé mon verre sur mon pantalon, tiens. J'ai un drôle de goût dans la bouche et je mets un certain temps à réaliser que c'est celui du sang. Je me serais battu? Encore? Rhooo... putain, merde quoi. Ou blessé. Oui, peut-être. J'aurais chu? Oh et puis quoi, finalement, je m'en fous un peu. J'essaie de me redresser sur le fauteuil, ça fait un peu mal partout. Endolori, courbaturé, ankylosé, je ne sais. Bourré, ça c'est évident. Et un peu mort. Je baille un bon coup, je prends appui sur un bras du fauteuil et je regarde autour de moi. De la musique que personne n'écoute, et qui le mérite bien, mais dont personne ne songerait à se passer, même si et peut-être parce que ça oblige à parler fort. Des singeries de séduction, de faux semblant, tout l'attirail de faussaire social qui sait bien faire le malin, un verre à la main et ses principes dans le fond du sac à main. Bon sang, voila que je me lève, maintenant.
Hé hé, ça tangue un peu, mais ça tient la marée. Il faut absolument que je trouve les toilettes. Attention messieurs dames, l'artiste travaille sans filet ni assurance vie. Ecartez vous, voila, là, merci bien.
Je sais que j'y suis déjà allé, aux toilettes, hein, mais c'est manifestement insuffisant pour les retrouver. Impossible de demander à quelqu'un, obligé de faire comme si je connaissais parfaitement les lieux. De toute façon personne ne se préoccupe de moi, en tout cas je fais comme si, histoire de ne pas imaginer une quelconque quelqu'un en train de constater le pitoyable tableau que je constitue probablement présentement. On a son petit amour propre. Bon, les toilettes, ensuite un gin. Ou un rhum. Je songe un moment à uriner dans le salon, mais la perspective ne me fait pas rire assez, donc je persévère dans ma recherche.
Au bout d'un moment je trouve. Le havre. Outre la perspective d'essorer ma vessie contre de la céramique bon marché, il y a le calme, l'étouffement délicieux des bruits qui imprègnent le reste de la maison. Je passe devant le lavabo et je vois ma tronche, ma dégaine. Bon dieu. Qu'est-ce que j'ai pu faire pour avoir le visage tuméfié comme ça. J'hésite à nettoyer les croutes de sang, parce que je me doute que ça va réveiller les plaies et me désouler un peu. Et je n'ai pas du tout envie de ça. Je me recoiffe un peu, je remets de l'ordre dans mes vetements tachés, même s'il manque un ou deux boutons par ci, si une couture a lâché par là. Bon, de toute façon, regarde toi, maintenant. Tu as quel âge pour te mettre minable comme ça? Putain, voila que je me pose des questions que mon ex-femme me posait il y a dix ans. Mais en même temps, bon. Ja sens, là, dans ce constat, la fatigue qui arrive, le monceau de fatigue de toutes ces années passées à ne pas regarder dans le rétroviseur, à ttrop savoir ce qu'on y verrait. Forcément, je pense à Clémentine, et j'ai envie de pleurer. Evidement, je pense à Chloé, et j'ai envie de pleurer. Naturellement, j'en viens à penser à Etienne, et j'ai envie de pleurer toutes les larmes de on corps dans des spasmes qui feraient pêter mes côtes si je les laisser monter jusqu'au bout. Suis-je donc soul à ce point, bordel? Allez, gars, flanche donc pas. Bien sûr qu'il y a de quoi pleurer. Les choses ratées, non dites, les choses perdues, les gens partis, les chemins déglingués, tordus, salis, saillis, défroqués, laissés dans le fossé. Tous ces moments qui méritaient mieux. Je sais que je tremble, là, et que repicoler ne suffira pas à donner un coup de fouet à un organisme qui n'en peut plus d'encaisser et qui voudrait que j'arrête enfin de faire comme si de rien n'était. Marion, Robert, Bleuenn, Sophie, Bernard, Thomas, Jean, Jean-Marc, Jean-Paul, Thierry, Ewan, Léna, Stéphanie, Louis, Matthieu, Gaëlle, Thérèse, Isabelle, Vincent, et combien d'autres. Je sais qu'il faut que je parte, même si je sais aussi que dehors je ne trouverai rien.
Est-ce que je suis venu seul à cette soirée? Est-ce que j'ai vraiment quelque chose à foutre de savoir si je laisse en plan quelqu'un en me barrant maintenant? Est-ce qu'on peut raisonnablement prétendre pouvoir résister à l'envie d'être catégorique, inconditionnel, intégralement urgent ? C'est assez étonnant, eu égard au temps qu'il m'a fallu pour trouver les toilettes, de constater le peu de temps qu'il me faut pour dégoter la sortie de la maison. Dehors, il y a la nuit, la vraie, celle qui n'a ni chaleur ni bruit ni conversation, celle qui n'offre que de l'air froid, de l'espace vide et des lumières froides et distantes dans un ciel inhumain et immense. Quelque chose qu'on ne peut tellement pas embrasser qu'on n'a même pas l'idée d'essayer. Mes pas résonnent, mon souffle se perd, je ne cherche même pas ma voiture.
Le lendemain, je me réveille dans mon lit. Gueule de bois et élancements douloureux des petites plaies et tuméfactions récentes me rappellent que je n'ai rien rêvé et qu'il y a là quelque chose d'assez peu compréhensible. Je renonce à me lever. Ma main droite, qui parcourait distraitement la ligne bosselée d'un croute sur ma joue, retombe lentement et lourdement le long du rebord du lit. Elle effleure la forme froide et oblongue d'une bouteille. Instinctivement, elle se referme dessus, espérant dans un râle muet que la fusée ne soit pas vide de carburant.
18 février 2006
sortie sans itinéraire
Chloé et moi avons passé la journée ensemble. Clémentine nous a rejoints et je dois dire que ça ne s'est pas trop mal passé. Chloé ne lui a pas craché dessus, quand elle a jeté son chewing-gum elle ne l'a pas collé sur un pan de la jupe de Clem', elle lui a même parlé (sans la regarder en face, mais quand même, ça vaut la peine d'être dit).
Généralement, quand elle sent qu'une des femmes présentes dans les environs est potentiellement quelqu'un dans le giron de qui j'ai l'habitude d'aller me nicher, au mieux elle l'ignore, au pire elle lui pourrit la vie. Je n'aime pas la psychologie de bas étage (l'autre non plus, d'ailleurs), et je me refuse à n'y voir qu'un désir possessif de me garder en exclusivité pour elle ou qu'un refus que ladite femelle prenne la place de sa mère dans la photo de famille sous cadre kitsch qu'elle a dans la tête. Il y a forcément autre chose que simplement ça, et même si c'est pire, je persiste à préférer l'hypothèse selon laquelle ma fille est un monstre certes, mais un monstre complexe et sophistiqué. Sinon, ce serait à désespérer de ce que j'ai pu lui inculquer.
Nous sommes allés nous promener au bord de la mer. Il faisait froid, il y avait du vent et un petit crachin désagréable, bref c'était tout sauf une bonne idée et nous avons adoré, pour finir. Comme de bien entendu. Chloé a raconté à Clémentine comment elle avait retourné le doigt de sa voisine, en classe, parce que celle-ci avait eu l'indélicatesse de ne pas lui souffler la réponse à l'exercice de maths. Un après midi aux urgences et une atèle pendant un mois, voila qui devrait encourager à plus de solidarité cette petite pétasse. Clémentine a ouvert des yeux ronds en entendant ma fille lui déclamer tout ça avec le calme, la sérénité et la précision dans les termes qui sied aux belles histoires. Nous avons, après ça, marché un moment le long du rivage sans parler, Chloé et moi avec un sourire en coin, Clémentine le nez dans son cache col. Le bar du bout de la crique, au bord du port, nous a accueilli au chaud, et nous avons pris des chocolats avec du rhum, sauf Clémentine qui ne voulait pas d'alcool dedans.
On a regardé la mer derrière la baie vitrée, les oiseaux décrivant des arabesques incompréhensibles dans le ciel, chahutés par le vent dans leur vol idiot et beau. Il y avait un groupe de touristes anachroniques dans le fond, près de la cheminée, qui parlaient avec un accent du sud. Ils rigolaient bien, apparemment contents d'être en Bretagne par un temps maussade. Il y avait un moustachu aux joues replettes qui racontait le mariage de sa soeur de façon assez cocazce et suffisamment fort pour qu'on ne rate rien de l'histoire. Chloé est allé leur dire de parler moins fort ou de raconter des choses plus intéressantes, quitte à nous déranger. Pour le coup, ils se sont tus, ce qu'on ne leur avait pas demandé, du reste. Ils ont marmonné vaguement pendant deux ou trois minutes avant de payer leurs consommations et de repartir sous le vent et la pluie. Clémentine était belle comme tout, avec ses joues rosies par le froid, son cache col bariolé et ses cheveux décoiffés par le vent, raidis par le sel. Je l'ai embrassée. Chloé n'a pas bronché. Elle est venue se mettre sur mes genoux et a redemandé un autre chocolat, sans rhum cette fois. J'étais tellement heureux que je n'ai pas insisté. Comme à chaque fois que je suis désemparé devant une joie surprise, j'ai obtempéré et laissé mon esprit se disperser dans les parages, se diluer sans bruit dans les brumes ocres d'un whiskey au gout de tourbe.
11 février 2006
lumière, l'aube que je tamise
Il y a en cette femme une âme auprès de laquelle rien ne saurait rester vil. Dans les parages d'une telle âme, on se résout à s'avouer pas si perdu ou mauvais, ou bien on ne reste pas. On se regarde en face, ou bien on ne supporte pas et on s'en va. Pour les gens comme moi qui ne peuvent partir, tant ils sont épris, c'est difficile de rester. Elle me fait pleurer, elle m'absout, elle m'enjôle, elle me ferait presque arrêter de boire. Clémentine, pourquoi restes tu ouverte à quelqu'un comme moi? Pourquoi t'évertuer à faire comme si ça rimait à quoi que ce soit, pourquoi sourire avec candeur à cet homme détruit, nuisible et sarcastique? Tu me dépasses, décidément.
Me voila à bavasser comme je ne l'avais pas fait depuis belle lurette, à envisager des lendemains qui rechantent, tout en sachant que, mauvais karma aidant, je me suis engagé sans doute trop loin pour qu'une nouvelle hypothèse de rémission puisse sembler crédible à quiconque d'un peu sensé. Mon sentier caillouteux, pourri. Un sentier plus sauvage et bancal, Clémentine, qui ne saurait admettre que tu demeures aux alentours sans morfler. C'est ça le plus dur, Clémentine. Pour un peu, tu sais, je me sentirais capable, avec toi. Mais là, au pied du mur, à la lueur de la tournure qu'ont pris les choses, comment ne pas voir que tu vas être meurtrie, un jour ou l'autre? Le pire, c'est que je continue quand même à faire comme si, à ne pas te dire, à te fréquenter, parce que ça m'importe trop, parce que je suis incapable désormais de me passer de ce que tu m'apportes.
Avant je vivais sans, ça allait, et j'aurais pu continuer. Mais maintenant ce n'est plus possible, je n'aurais pas la force de poursuivre sans cette force et ce bonheur immérité que je ressens à tes côtés.
Pardon.
08 février 2006
mon pied dans ton nez, enculé
Hier soir, j'ai encore frappé la gueule d'un sale con. C'est plus fort que moi, en ce moment, ça a tendance à devenir une habitude. Je ne trouve pas à y redire, de toutes façons. Certaines personnes méritent de se faire frapper, je trouve. Et c'est con comme les gens n'osent pas, alors que, quand même, c'est plaisant.
Bon, une fois n'est pas coutume, hein, j'avais bu. Le gars n'a pas senti le coup venir, c'était sans doute le genre habitué à ce qu'on ne le contredise pas même et surtout quand il est odieux. Du coup, ça l'a cueilli à sec, et il a pleuré sa mère à genoux en se tenant les couilles. Connard. Il avait insulté un de mes amis, faut dire. Et ça, on ne me reprochera pas de défendre l'honneur de mes amis, en tout cas on aurait tort. je te l'ai chopé par derrière, le gars, un bon coup de pompes dans le bas du dos, là où ça fait bien mal, et une fois plié en deux je lui ai savaté la gueule contre le comptoir. Le temps que Magali fasse le tour dudit comptoir, me ceinture et me dise de foutre le camp, j'en avais fini avec lui. Ce fut bref et sec comme un coup de trique, de ceux qu'on n'oublie pas et qu'on savoure longtemps après. Je suis sorti la rage au coeur, le feu sous la tignasse, j'avais soif.
Chez moi il restait du bourbon, et ça s'est bien passé.
05 février 2006
Pour l'honneur du chanteur
Hier soir, l'after-show de Francis a failli tourner court. C'est un candide, Francis, et toute sa vie il l'aura payé, rubis sur l'ongle, dans la façon dont mles gens le traitaient et le regardaient, mais il y a une forme de noblesse crétine mais indéniable dans son obstination à rester lui même. A se montrer, tel quel, pas négociable, donc lourdingue, mais franc du collier. Prévisible et incontrôlable à la fois. Avec ses bottes, ses passions idiotes et absolues, son allure anachronique et ses déclarations sans ambages, il est de ceux qu'on adopte en connaissance de cause. Le kit complet, à assumer. Mais jamais son amitié ne m'a fait défaut, même aux moments de ma vie où j'aurais aimé qu'il m'abandonne. Francis est un homme entier, "pas un demi écrémé", comme je me plais à le lui rappeler chaque fois que je veux le flatter pour en obtenir quelque chose. Bref. Un être inconditionnel par essence ou par choix. Et hier, décidément, on n'a pas eu le choix. La totale.
On peut aimer quelqu'un sans se reconnaître dans ce qu'il fait. C'est mon cas avec Francis comme avec Etienne, Marlène, Jean et quelques autres des célébrités qu'il m'arrive de compter parmi mes amis. Je suis donc sereinement disposé à subir le concert privé de notre fringant chanteur sans que mon verre de martiny tremble pour d'autres raisons qu'une fatigue momentanée aux premières lueurs de l'aube. Il en faut plus pour me donne run ulcère. Certains, pourtant, dans la petite troupe de gens conviés à cet après concert, se sont montrés moins patients, moins endurants, au point d'en devenir désobligeants. M'est alors venu l'envie de me faire remarquer. Alors que les remarques narquoises, les sarcasmes sans discrétion, les insultes détournées, commençaient à parvenir aux oreilles de Francis, je me suis levé, j'ai quitté ma table dans le fond de la petite cave aménagée qui nous servait de repaire, et je me suis tranquillement avancé vers le groupe de malotrus qui aboyait son mépris avec des sourires hypocrites. J'en ai pris un par les cheveux, un autre par les narines, je les ai soulevé sans ménagement en sentant céder des choses sous mes doigts, et j'ai fait se rencontrer leurs têtes de connards avec mes genoux anguleux. Je dois dire que ça m'a fait bien un bien fou, je dois dire également qu'il n'en a pas été de même en ce qui les concerne, mais c'était le but. Ignorant l'assemblée sous le coup de l'esclandre, ignorant mon gars Francis qui, ayant arrêté sa chanson, secouait sa belle et longue tignasse de geai pour se chercher un mot approprié, j'ai catapulté la table où ces enfoirés avaient posé leurs cocktails offerts par celui qu'ils raillaient. Je l'ai catapultée avec une furie d'homme soul, dans le bidon veule et élégamment attifé de ces raclures mondaines. Une femme a poussé un geignement étouffé dans le choc, une autre n'a pas eu à trop morflé car son mari était suffisamment pansu pour amortir le choc et se contenter de souffrir pour deux. Je devais avoir l'air un peu sauvage, les yeux fous, suant l'alcool et une juste colère. Je me suis tourné vers Francis, dont je sentais la présence génée et diplomate derrière moi, et je me suis douté que personne n'avait rien compris, ou alors que tous préféraient manifestement des sarcasmes à une bagarre.
J'ai dit quelque chose à mon ami bafoué, lui reprochant d'être tolérant à l'égard des immondes, lui qui n'appartenait pas à leur meute, et je suis parti sans regard pour quiconque. Je suis sorti du restaurant, j'ai pris ma voiture avec la jouissance crétine et assassine du mec soul qui s'enivre à l'idée de perdre le contrôle et j'ai roulé je ne sais où pendant je ne sais combien de temps, jusqu'à me retrouver à mon hôtel. J'ai bu beaucoup d'eau, je n'ai pas dormi, j'ai appelé Clémentine, je l'ai réveillée sans m'excuser, et nous avons longuement, très longuement, parlé.
04 février 2006
corps loyal, traine misère et autres voluptés médiocres et précieuses
J'ai menti plus que de raison, mais personne ne m'arrachera un mea culpa. Rien de tout ça ne mérite qu'on rende des comptes. Moi je rends les coups, c'est tout. J'ai encaissé, j'ai donné des morflées plus qu'à mon tour, aussi, mais j'ai aimé, surtout, j'ai aimé et j'aime toujours, sans entraves, sans calcul, sans rémission.
La vie m'a balloté plus que de raison, et je me suis sans doute laissé promener avec la complaisance de celui qui se croit au théâtre, qui se dit que ça ne mange pas de pain, et qu'on verra bien ce qui se passe quand quelqu'un rallumera les lumières. Je suis très probablement un peu con sur les bords, un peu veule bien au fond, un tantinet salopard à mes heures, et pourtant, on m'aime, on m'aime, on m'aime. Pas longtemps. Pas très fort. Pas vraiment. Assez pour que le sourire demeure, assez pour que l'alcool suffise à figer mes humeurs dans des détours sereins.
Je veux toujours mordre dedans, vous savez. A pleines dents, vraies ou fausses. Je veux toujours me cogner dans sa couenne, à la vie, rugueuse, hideuse, calamiteuse et qui pue de la gueule. Je n'ai pas fini mon tour de manège, pas fini d'explorer par où ça coince et par où ça couine, à quatre pattes, fcomme les animaux compliqués que nous sommes tous, vous et moi. Vous m'intéressez. Je ne m'intresse pas beaucoup, mais je m'utilise très bien pour en apprendre sur vous. Vous et les autres. Que je fréquente. Que j'engendre, aussi, parfois, par inadvertance (pardon, vraiment). Allez, on ne se quitte pas fâchés. Je crèverai bientôt, comme vous, il y a de la place pour tous. L'humour vient à bout de tout, comme la vodka polonaise.
Qu'on se le dise, je reste, j'étais là avant, je ne cède rien, et surtout pas ma place. Je reviens de loin, je suis rasé de près, j'ai les crocs, j'ai la pêche et, nom de Dieu, ça va faire mal.
23 décembre 2005
Scandale dans la famille des autres
J'en ris encore.
Encore un restaurant où je ne suis pas prêt de remettre les pieds, mais on ne peut pas dire que ça me ruine le coeur outre mesure. Ma vieille peau d'amante non plus, je ne suis pas prêt de la revoir, je le crains. Dommage, elle a un goût exquis en matière de whiskey et connaissait mes préférences par coeur, depuis le temps. Enfin bon, justement, ne présageons pas de l'avenir, nous avons une longue histoire commune, Sylvie et moi. Elle a déjà claqué la porte de nos accointances corporelles plus d'une fois, devant mes outrances de comportement ou mes manques de maturité dans nos relations. Elle est toujours revenue, par la petite ou la grande porte, en faisant généralement comme s'il ne s'était rien passé, et nous avons repris là où nous en étions. Mes appats feront peut-être à nouveau leur oeuvre cette fois ci.
Mais tout de même. Je crois que la pantalonnade valait les dommages infligés, mais quelle soirée ! Quand j'aurai fini de rire, j'y réfléchirai davantage, pour le moment je me laisse porter par la vague qui me secoue les côtes. Mais bon, à ma décharge, je dis quand même tout de suite que je ne pouvais pas me douter... Enfin bref, c'est du très bon.
Moi, je venais benoîtement en accompagnateur galant de mon élégante Sylvie, pour partager un bon repas avec deux couples dont je flairais d'éventuelles dispositions prometteuses. Je ne sais pas ce qu'attendaient les autres, mais à présent, peu importe, à vrai dire. Le sort a attendu la fin de l'apéritif avant de sonner le glas de nos espérances respectives.
Il y avait là Michel et Anne-Sophie, des commerçants faussement sympa et décontractés, bouffis de fric gagné dans la crispation et dépensé dans la frénésie, de faux hédonistes à qui je ne donnais guère plus de 10 ans d'espérance de vie, au vu de leurs mines gorgées d'excès mal encaissés. Leur discussion était affligeante, leurs goûts atroces et arrogants, mais ils étaient souriants et pas enclins à l'hypocrisie, ce qui est déjà ça. Il y avait Alain et Maud, des bourgeois de province faussement classiques, en ce sens que Madame était avocate et monsieur homme au foyer (cadre viré lors d'un plan social de sa boite, reconverti en papa poule autoproclamé en chantre de la modernité conjugale), tous deux apparemment réac et sérieux, en fait très à l'aise. C'est quand on a commencé à évoquer nos enfants respectifs, que ça a commencé à dégénérer.
J'ai vaguement parlé des miens, Chloé et le grand, en éludant avec humour le sujet et feignant de m'intéresser à la progéniture des autres pour enfoncer le clou. Sylvie a une fille de 16 ans, anémique et cocaïnomane, donc on vite cherché à écouter les déboires parentaux des autres. Et, bien sûr, c'était gratiné. L'ambiance était plutôt joviale, chacun y allait de sa petite vanne vacharde pour casser du sucre sur le dos de leurs bambins. Pas question entre quadras ou quinquas de se la jouer "ces bijoux sacrés plus chers que la prunelle de nos yeux" ou "nous avons tout sacrifié pour eux". La désinvolture était de mise.
Et puis, alors que tout en conversant entre gens de bonnes société d'allure bonhomme, on s'apprétait à savourer l'entrée qui venait de nous être servie, voila-t-y pas qu'Alain et Maud sortent du sac à main de la susnommée un petit album photo de poche. Pour nous montrer leur fille Astrid, qu'ils disaient. Celle qu'ils allaient marier, en désespoir de cause, au printemps prochain. Celle dont ils s'évertuaient à dire, quelques instants plus tôt, qu'elle était la seule de leurs quatre marmots à avoir gardé le droit chemin. Au point de se désintéresser des garçons, c'est dire, mais enfin là, un brave étudiant préparant l'école des Mines et son avenir brillamment chiant avait décroché le pompon en lui tapant dans l'oeil. Et donc, hop, photo des tourtereaux, faites tourner, elle est-y pas belle notre fille, fruit de nos entrailles, avec son joli sourire et ses cheveux blonds comme les blés non-OGM. Et la photo m'est venue entre les mains. Et j'ai vu les deux tourtereaux, et je l'ai reconnue, elle, tout de suite, et j'ai éclaté de rire avant même de songer à m'en empêcher.
Tout le monde m'a regardé un peu bizarrement, qui avec un sourire en coin un peu timide, qui avec un regard des plus ahuris, comme si j'étais un ami épileptique en proie à une crise un peu malvenue au moment de savourer l'entrée. Je me tordais les côtes pour de bon, m'esclaffant sans pouvoir parler, de façon assez incompréhensible ; je voyais bien que Sylvie me foudroyait timidement du regard, cherchant une explication à ce comportement si incongru. J'en avais les larmes aux yeux, j'essayais de reprendre contenance. Pfiou... Alors comme ça elle s'appelait Astrid, "en vrai". Et elle allait se marier. La bonne blague. Je ne m'en remttais pas, décidément.
C'est là que m'est venue la mauvaise idée, c'est là que j'aurais du, surtout, ne pas céder à l'envie de vérifier. L'avais-je sur moi? Bon, je pense avec le recul que je devais être déjà un peu soul, ce qui explique que je n'ai pas réfléchi davantage et que je ne me sois pas contrôlé. Je me suis mis à fouiller dans les poches intérieures de ma veste, jusqu'à ce que ma main sente le cuir élimé de mon petit porte-feuilles. J'ai sorti l'objet, sous les yeux toujours surpris de mes comparses, qui ne songeaient plus guère à savourer l'entrée, et je l'ai trouvée. Ma photo d'Astrid. Je l'ai sortie de l'album et je l'ai posée sur la table, entre deux assiettes, devant les parents de la future mariée. Et j'ai continué à me consacrer à mon fou rire.
Personne n'a touché à la photo. Mais tout le monde l'a vue. Elle était plutôt réussie, d'ailleurs, surtout si on prend on considération le fait qu'elle avait été prise dans une cave. Témoin fragmentaire d'une jolie fin d'après-midi débridée avec une jeune inconnue dont j'avais douté entendre un jour le prénom. Je n'avais nulle intention de leur dire les tenants et aboutissants de la photo, de ce qui s'était passé au cours des semaines suivantes, mais le contraste entre les deux cliché était tellement dr$ole, je n'avais pas su m'empêcher, malotru que j'étais. Je me suis levé, j'ai repris la photo, ai bredouillé des excuses entre deux spasmes de rire et je suis sorti du restaurant. Je pense que l'ambiance a du retomber, et que, tout compte fait, personne n'a vraiment savouré l'entrée. Pardon Sylvie, promis, je ne le referai plus. Mais par pitié, la prochaine fois, choisis mieux tes invités.



