05 février 2006
Pour l'honneur du chanteur
Hier soir, l'after-show de Francis a failli tourner court. C'est un candide, Francis, et toute sa vie il l'aura payé, rubis sur l'ongle, dans la façon dont mles gens le traitaient et le regardaient, mais il y a une forme de noblesse crétine mais indéniable dans son obstination à rester lui même. A se montrer, tel quel, pas négociable, donc lourdingue, mais franc du collier. Prévisible et incontrôlable à la fois. Avec ses bottes, ses passions idiotes et absolues, son allure anachronique et ses déclarations sans ambages, il est de ceux qu'on adopte en connaissance de cause. Le kit complet, à assumer. Mais jamais son amitié ne m'a fait défaut, même aux moments de ma vie où j'aurais aimé qu'il m'abandonne. Francis est un homme entier, "pas un demi écrémé", comme je me plais à le lui rappeler chaque fois que je veux le flatter pour en obtenir quelque chose. Bref. Un être inconditionnel par essence ou par choix. Et hier, décidément, on n'a pas eu le choix. La totale.
On peut aimer quelqu'un sans se reconnaître dans ce qu'il fait. C'est mon cas avec Francis comme avec Etienne, Marlène, Jean et quelques autres des célébrités qu'il m'arrive de compter parmi mes amis. Je suis donc sereinement disposé à subir le concert privé de notre fringant chanteur sans que mon verre de martiny tremble pour d'autres raisons qu'une fatigue momentanée aux premières lueurs de l'aube. Il en faut plus pour me donne run ulcère. Certains, pourtant, dans la petite troupe de gens conviés à cet après concert, se sont montrés moins patients, moins endurants, au point d'en devenir désobligeants. M'est alors venu l'envie de me faire remarquer. Alors que les remarques narquoises, les sarcasmes sans discrétion, les insultes détournées, commençaient à parvenir aux oreilles de Francis, je me suis levé, j'ai quitté ma table dans le fond de la petite cave aménagée qui nous servait de repaire, et je me suis tranquillement avancé vers le groupe de malotrus qui aboyait son mépris avec des sourires hypocrites. J'en ai pris un par les cheveux, un autre par les narines, je les ai soulevé sans ménagement en sentant céder des choses sous mes doigts, et j'ai fait se rencontrer leurs têtes de connards avec mes genoux anguleux. Je dois dire que ça m'a fait bien un bien fou, je dois dire également qu'il n'en a pas été de même en ce qui les concerne, mais c'était le but. Ignorant l'assemblée sous le coup de l'esclandre, ignorant mon gars Francis qui, ayant arrêté sa chanson, secouait sa belle et longue tignasse de geai pour se chercher un mot approprié, j'ai catapulté la table où ces enfoirés avaient posé leurs cocktails offerts par celui qu'ils raillaient. Je l'ai catapultée avec une furie d'homme soul, dans le bidon veule et élégamment attifé de ces raclures mondaines. Une femme a poussé un geignement étouffé dans le choc, une autre n'a pas eu à trop morflé car son mari était suffisamment pansu pour amortir le choc et se contenter de souffrir pour deux. Je devais avoir l'air un peu sauvage, les yeux fous, suant l'alcool et une juste colère. Je me suis tourné vers Francis, dont je sentais la présence génée et diplomate derrière moi, et je me suis douté que personne n'avait rien compris, ou alors que tous préféraient manifestement des sarcasmes à une bagarre.
J'ai dit quelque chose à mon ami bafoué, lui reprochant d'être tolérant à l'égard des immondes, lui qui n'appartenait pas à leur meute, et je suis parti sans regard pour quiconque. Je suis sorti du restaurant, j'ai pris ma voiture avec la jouissance crétine et assassine du mec soul qui s'enivre à l'idée de perdre le contrôle et j'ai roulé je ne sais où pendant je ne sais combien de temps, jusqu'à me retrouver à mon hôtel. J'ai bu beaucoup d'eau, je n'ai pas dormi, j'ai appelé Clémentine, je l'ai réveillée sans m'excuser, et nous avons longuement, très longuement, parlé.
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