Drôle d'endroit pour une mauvaise rencontre

Les vies se valent, leurs récits non. Ce que j'ai vécu sera livré sans certificat d'authenticité ni déclaration de foi. La médiocrité et la bassesse passent mieux avec un cocktail à la main...

16 août 2005

altercation féconde

    Je revenais de la côte malouine, j'étais chagrin, j'étais peine, j'étais seul et peu éméché, alternant les regards dans le rétroviseur et les rasades de vodka. J'avais laissé Clém seule sur le parking désert, retourner à son appartement et, demain, à son boulot si con et enthousiasmant. J'avais la migraine et l'envie saugrenue de faire durer. La musique bourdonnait dans l'habitacle, la vitesse enveloppait le reste, la nuit je la pénétrais pied au plancher et la voie express, j'en avais la nausée. Quelques abrutis tentaient de me doubler, mais voyaient vite que je resterai le plus con, et cédaient face au danger. J'étais fatigué, et je sentais bien que ça allait tourner vinaigre si je ne faisais pas le choix de l'effort, le choix de la pause plutôt que celui de laisser filer.
    La première aire de repos venue, je sortais de la 4 voies, décélérant brusquement pour rejoindre le parking nocturne et la station service, nimbés du magnétisme trouble des endroits déserts qu'on voit de loin. Une fois garé au milieu des quelques véhicules abandonnés, je sortais dans le frais et le silence vrombissant des bords de route.
    Dans la station les gens buvaient un café immonde ou se mataient d'un air chafouin ou endormi. les lumières étaient très crues, personne n'y était vraiment beau. J'allais aux toilettes, me rincer le visage, faire pleurer le borgne et me réveiller un peu. J'avais la grogne et pas assez bu pour que ça ne se voie pas. J'avais hâte de rentrer.
    Je suis ressorti en trombe des toilettes, ai traversé le magasin nocturne d'un trait, pour aller rejoindre ma voiture. Ma voiture, qu'un connard était en train de défoncer à coups de pieds. La providence. Tout seul, en plus, le con. J'ai foncé sans réfléchir, plein de la joie furieuse des brutes débridées, et un son guttural, quelque chose d'assez néanderthalien, est remonté dans ma gorge tandise que je lui sautais sur le rable.

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13 août 2005

ce que j'ai laissé germer pourrira

    Allez, pour la fine bouche : pendant qu'on y est, continuons à dire des choses sur ce que fut ma vie. Par exemple, mes enfants. Soyons clairs, je n'ai jamais été un père pour personne. Rien ne m'y a jamais incité. Ni mon histoire personnelle, ni l'expérience de mes amis devenus parents autour de moi (ça s'est fait très vite, comme lors d'une épidémie de variole), ni le regard métaphysique qu'on peut porter sur les notions de procréation et d'éducation. Et puis, ça demande un peu d'investissement, et ça ne m'a jamais semblé valoir le coup. Ceci dit, j'ai eu des enfants. Pas seulement Chloé, qui est la dernière version de mes dérapages contraceptionnels, et le moins catastrophique, aussi.
    Le premier enfant dont je sois le géniteur est mort, il y a longtemps. Il n'y a rien d'autre à dire, si ce n'est que ce n'était pas une grande perte pour l'humanité, finalement. Il y a également un fils dont je ne sais rien, quelque part dans le vaste monde. Et puis il y a Chloé. Cette gamine dont je ne suis toujours pas certain que continuer à la cotoyer soit lui rendre un service. Je n'ai jamais été ce qu'on appelle un modèle, ni même à proprement parler un adulte responsable. Ce qui, du reste ne me fait absolument pas culpabiliser, je suis bien trop lucide sur la façon dot les normes sociales peuvent pourrir une vie par ailleurs trop courte pour me formaliser de ce petit défaut.
  Ah oui, au fait, quand même : ne croyez pas tout ce qu'on vous dit, il m'arrive de ne pas dire la vérité authentique. Ne me regardez pas comme ça, vous savez bien que je ne suis pas le seul. Je prends cependant un malin plaisir à vous le dire.

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12 août 2005

élucubrations à recadrer

    Etant donné que j'ai levé quelques voiles impudiquement dernièrement, je vais éclaircir certains points tout de suite, pour qu'on ne tire pas de conclusions annexes facheuses à la lumière de ces indiscrétions.
1- Je n'ai connu Magali que par son bistro, au départ. Le fait qu'elle soit prostituée et moi lié au monde du libertinage n'est qu'une coïcidence fortuite.
2- Oui, le libertinage a eu un rapport avec le capotage de mon mariage avec Gaelle. mais ça ne regarde personne et c'est le passé.
3- Je ne me sens absolument pas dépendant de ces appétits marginaux, avec le temps j'ai appris à les considérer comme un loisir.
4- Clémentine ignore beaucoup de choses de moi, mais elle a compris, je pense, que je fréquentais les cercles libertins. Elle ne connait, évidemment, pas l'ampleur de mon investissement. Qui est à relativiser, ceci dit. J'aime autant lire et picoler que baiser, tout compte fait.
  je regretterai peut-être d'avoir dit tout ça. Avec le recul, on ne vous voit plus que sous cet angle, on oublie les autres dimensions de votre personnalité. Qu'on ne me dise pas non, je suis le premier à me faire prendre à ce genre de pensée réductrice sur les gens, surtout ceux dont on sait qu'ils sont, dans un domaîne au moins, hors norme. Je n'en parlerai plus, je pense. Ce n'est finalement pas très important, au regard du reste.

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11 août 2005

deux idiots accouplés

    Clémentine sait si peu de choses...
    Sur moi. Sur la vie. Sur les prédateurs. Sur l'obscurité sauvage qui nourrit les gens plus plus sympathiques.
    Elle a tant à m'apprendre...
  Sur elle. Sur la vie. Sur la joie d'être inoffensif. Sur la lumière indiscutable qui attend de percer chez les gens les plus bas.
  Qu'on nous donne le temps de faire un peu de chemin ! La vie n'est infaisable que parce qu'elle mélange tot en même temps. Il faudrait faire une chose à la fois, en s'appliquant, on s'en sentirait capable. Mener sa vie professionnelle, sa vie de couple, ses loisirs et appétits solitaires, la complication du vécu antérieur, les efants, les amis, la vigilance, tout cela vous éloigne de la réussite comme le courrant vous éloigne du rivage.
j'ai pourtant une telle envie de marcher avec elle. Elle est belle et elle est ignorante de ce qui pourrait gâcher ça. Elle est précieuse.

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10 août 2005

Dépravé en exil

    C'est étrange, ce besoin de dire beaucoup, en ce moment. Depuis le début de ma diction, il y a plusieurs mois, je n'ai jamais autant ressenti l'envie de raconter. Peut-être est-il temps de laisser sortir certaines choses. De changer d'approche. De gratter quelques peaux mortes. Je ne sais pas.
    J'ai le sentiment, surtout, que ça ne rime à rien et que c'est justement ce qu'il me faut. Laisser filer des choses hors de mon poing serré puisque, justement, ça ne rime à rien, ça ne change rien.
  Depuis 15 ans, je suis établi dans la région rennaise et sur la Bretagne en général comme un esthète méthodique des soirées libertines de la haute société ou du prolo sauvage. Adepte des parties fines et autres joies dévergondées depuis toujours, je me suis construit une stature à laquelle je n'ai que rarement failli. Celle de l'homme élégant, amusant, qui sait à la fois se montrer débridé et respectueux, ami autant qu'amant, un dandy sans états d'âme mais attachant, que l'on finit par considérer comme un ami. A qui on se confie et dans l'ombre duquel on s'abaisse, libre de tout jugement. C'est moi, ça. C'est ce que les gens voient en moi. Un profiteur dépravé et en même temps quelqu'un de toujours disponible en pure perte.
    D'où, bien sur, mes accointances avec des personnalités troubles de la nuit et de l'avant-garde sociale (tels Darry Cowl, André Pouce, Gérard Longuet ou Karen Cheryl...). On aime chez moi ce côté cultivé, détaché, plein d'autodérision et de répartie cinglante. Je suis de toutes les fêtes, avec ou sans sexe à la clé. Ma vie la nuit est faite de circonvolutions floues autour de la prédation, de l'exaltation, de l'assouvissement.
    J'ai pris cette place un peu au fil d'un parcours à la dérive, pas forcément par choix au départ, et puis j'ai fini par la consolider par devoir, celui d'occuper une place plutôt que de la laisser à d'autres, moins compétents, moins scrupuleux, moins concernés par le bonheur d'autrui. On peut assez légitimement trouver ça malsain, ou tordu, de patauger avec complaisance dans les milieux glauques qui ne font appel qu'à vos plus bas morceaux de viande crânienne. Je n'ai pas de contradiction à apporter à cet argument. Je suis trop sale et avili, trop fatigué aussi, pour oser répondre à qui me critique.
    La façon dont j'ai pris soin de gens en perdition tout au long de ces années est pourtant indéniable. On ne peut pas me l'enlever, d'autant plus que je n'en retire très sincèrement aucune gloire personnelle, c'est une attitude dictée par la nature la plus profonde. Les gens qui sont abusés ou qui dérivent violemment me font peur pour eux. Ils y allaient comme on fonce dans un mur au volant d'une berline, et les guider pour passer au travers du mur ne les empêche pas de continuer à se tromper de chemin par la suite. C'est juste une justification alambiquée et un brin facile à mon comportement, mais certains de mes ami(e)s vous confirmeraient qu'ils ont parcouru à mes côtés un sentier finalement fait d'autres choses que d'assouvissements glauques. Ceci dit, c'est assez usant. Heureusement qu'il existe des compensations égoïstes assez puissantes. On en peut pas rester bas et affamé toute sa vie, sinon.
    Et, mine de rien, c'est aussi être au front de la ténèbre humaine, des bas-quartiers du sang, et ça n'aide pas à sourire, ni à arrêter l'alcool (si jamais une idée aussi saugrenue venait à être consignée ici sans second degré, qu'on me brûle vif en place de Vienne). Reste l'amertume de côtoyer des gens dévoyés, abîmés, qu'en d'autres circonstances, avec une autre histoire, on aurait connus heureux et lumineux. Des gens, des êtres précieux, qu'on aimerait fréquenter en d'autres lieux, pour d'autres raisons.
    Cette vie, c'est aussi s'exiler des gens, car enfin, bon, personne ne comprend. Ce n'est pas compréhensible aisément, je le concède. Et mon discours de samaritain du stupre a de quoi faire sourire avec mépris. C'est vrai, c'est très vrai et mon argumentaire n'en convaincra pas beaucoup. Il est sincère, pourtant, et étayé par de vraies joies humaines. Dans la boue, la crasse de l'âme et les sanglots du corps.
    Je sais ce que je fais, et je dis aussi que j'arrête, au moins un peu, au moins pour un moment. Je profite du fait qu'on m'appelle un peu moins ces derniers temps. Je le prends non comme une désaffection ingrate, un oubli amer, mais bien plutôt comme une opportunité de quitter la scène discrètement. Le reste m'avalera, sinon.
    Je veux mes amis, je veux la simplicité, je veux l'optimisme couillon de celle dont je suis épris, je veux me nourrir de choses idiotes sans les mettre en regard de mes sarcasmes de dandy lucide.
    Je veux la médiocrité sympa des jours sans goût. Des moments gachés, qu'on laisse filer, simplement parce qu'on n'est pas si mal.
    Je veux souffler, nom de Dieu.
    Je veux et j'exige un brin de bonheur pas compliqué. Je suis quelqu'un de bien, bordel de merde.
    Je ne veux pas le montrer, je veux juste me l'avouer, pour la première fois de ma vie (ou presque) et en dépit de la réalité de ma vie de chien.

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08 août 2005

Ma chère et tendre

Ici, Ma Chère et Tendre
Les choses n'ont pas changé
Dans le sac et la cendre
J'ai presque tout laissé
Plus rien ne peut surprendre
Mon coeur envisagé
La vie, sans nous attendre
L'avait déjà tracé

J'avoue, Ma Chère et Tendre
Que sans me renoncer
Dans le sac et la cendre
J'ai vu quelques regrets
mais nul ne peut comprendre
Les hiers et le passé
Je ne rêve que de t'entendre
Je e veux que t'embrasser
Ma Chère et Tendre...

Le temps d'un soir ou d'un jour de grand vent
Je me contenterai de voler des instants
Mon jardin vide est un bonheur solide
Je n'en dirai pas plus pour le moment

Ici, Ma Chère et Tendre
Les choses n'ont pas changé
Dans le sac et la cendre
J'ai presque tout laissé
Plus rien ne peut surprendre
Mon coeur envisagé
Je suis prêt à t'attendre
Ma Chère et Tendre

(Kerenn-Ann Zeidel / Henri Salvador)
   
Cette chanson, Marie, me parle de toi et de tout ce qu'on a emporté de moi avec ta carcasse il y a 25 ans. Elle redit combien on ne comble pas ce qui a cramé. Je pense à toi chaque fois que je l'entends, même si je n'ai jamais plus prononcé ton nom depuis ce jour venteux où j'ai été forcé de te dire adieu. Repose en paix, ma belle, ma jolie, ma chère et tendre.

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07 août 2005

Coming Out au McDo

- Alors, tu es content?
- D'être au McDo?
- Qu'on soit là tous les trois. Sois sérieux une seconde. C'était ton idée, oui?
- Oui, Gaëlle. Je suis assez content.
- Tu as l'air. Tu as ce petit sourire en coin qui ne trompe pas. Qu'est-ce que tu mijotes, au juste, Dan ?
- Maman, est-ce que tu as commandé ma boite?
- Oui ma puce, on a commandé tout ce que tu voulais, une des dames va nous apporter ça bientôt, tu sais bien.
- Elles sont longues, on dirait. Pourtant elles rigolent bien en cuisine, là, je les vois.
- S'amuser ne veut pas dire qu'on ne travaille pas, poussin. Elles vont t'apporter ça vite, ne t'inquiète pas. Daniel, à quoi tu pensais, en nous invitant comme ça? A un joli tableau familial? Tu vois bien que ça ne rime à rien.
- Je ne mijote rien, j'en avais juste envie. J'ai lancé la proposition, vous pouviez refuser.
- J'ai accepté pour faire plaisir à Chloé.
- Il faudrait peut-être arrêter de faire des choses bien en se demandant seulement si ça va faire plaidsir à Chloé ou si c'est ce qu'il faut pour Chloé.
- En ce qui me concerne, je ne vois pas pourquoi je penserais autrement.
- Messieurs dames....
- Oui, merci. Tiens, Chloé, ta boite. Fais attention à ne pas renverser le coca en l'ouvrant. Des fois ils mettent ça n'importe comment là-dedans.
- Papa, laisse tomber. Moi, c'est le jouet que je veux. Le reste, c'est pas bon, de toute façons.
- Tu veux venir ici juste pour le jouet???
- Oui.
- Chloé, bois proprement, je te prie. Tu fais des bruits abominables avec ta paille.
- Gaelle, tu entends la musique qu'ils nous foutent? C'est ça qui est abominable, je trouve. Si seulement le bruit de sa paille pouvait couvrir un tout petit peu ce vomi musical.
- N'emploie pas le mot "vomi" quand on est à table !
- Bon.
- Merci.
- Disons la diarhée musicale , alors.
- ...
- désolé. Je n'ai pas pu m'empêcher.
- Tu aurais du.
- Je sais. Désolé. Vraiment.
- Daniel LeBras qui s'excuse de son comportement deux fois en moins d'une minute, voila qui valait bien de se déplacer jusqu'ici.
- Tu ne viens jamais ici avec Chloé?
- Si, assez souvent. En fait, dès qu'il y a de nouveaux jouets dans leurs satanées boites.
- Ah, toi aussi.
- Oui, elle aime les avoir en double, on dirait.
- Ben oui, trop classe, après je peux les échanger à l'école.
- tu ne peux pas collectionner des trucs beaux et pas chers, évidemment. Comme des autocollants ou des tomtom et nana.
- ben non, trop la honte.
- Oui, en même temps je comprends. Bon, ben on trinque. Gaelle ?
- Allez, zou. Après tout, ça fera toujours une occasion pour toi de boire un truc sans alcool aujourd'hui.
- Et une occasion pour toi de donner dans le sarcasme. Et à tes yeux, ça n'a pas de prix. Mais n'empêche, tu as raison ; ce qui démontre que je suis disposé à faire de gros efforts.
- Je ne suis pas venu pour distribuer des bons points.
- Ni, j'espère, pour ne rien écouter et te cloisonner dans la froidure du ressentiment. Moi je ne veux plus de ça.
- Aurais tu changé? Mon Dieu, ça fout le vertige, ça. J'ai du mal à t'en croire capable, ceci dit. C'est encore une de tes poussées de bonne volonté. C'est comme le printemps, ça ne dure pas.
- Non, je ne prétends pas avoir changé. Pas vraiment.
- Chloé, mange quand même ton hamburger, il va être froid.
- C'est pas vraiment meilleur chaud, maman.
- Gaëlle, écoute moi, pour te répondre : je ne prétends pas avoir changé mais j'aimerais qu'on envisage de se revoir plus souvent, tous les trois.
- Daniel, je ne ressortirai plus JAMAIS avec toi.
- Dieu nous en préserve. Je ne veux surtout pas ça, mais on peut se voir sans pour autant prétendre vouloir se remettre ensemble, non?
- Pour Chloé?
- Oui. Pas seulement. Je veux qu'on se reparle comme les gens que nous étions avant, justement, on avait des affinités, des regards communs sur pas mal de choses. Il faut qu'on arrête de se considérer comme un couple qui a foiré, et essayer de se cotoyer comme des gens qui peuvent passer des moments sympa ensemble avec leur progéniture, sur le simple mode du plaisir humain qu'on peut avoir à partager des bouts de vie...
- Attends, Erasme, là, tu me fais quoi ? Tu as eu une révélation? Tu nous fais un coming out, c'est ça? En fait, tu es un gentil? Tu veux vraiment que je digère mal.
- Ce n'est pas moi qui ai choisi le restaurant.
- Tu vois très bien ce que je veux dire. Tu es ridicule.
- Maman, tu t'es tachée avec le ketchup.
- Chloé a raison, sur ton chemisier, là.
- Et merde. Quelle idée à la con, de venir.
- Tu ne jurais pas comme ça, avant.
- Tout change. Merde, je vais devoir repasser à la maison, je ne peux pas rentrer au bureau comme ça. Merde, merde.
- J'aime bien quand tu dis des gros mots, maman.
- Chloé, tais toi un peu et finis ce foutu hamburger.
- Papa ...
- Fais ce que ta mère te dis, Chloé. C'est elle qui a l'autorité parentale, tu sais bien.
- pffffffff...
- Gaëlle, je ne veux pas de coups tordus. Et je suis désolé pour ton chemisier. Je ne mijote rien. Je suis avec quelqu'un, je suis amoureux, je ne cherche pas à refaire un couple qui a été un des plus grands désastres de ma vie.
- Le plus grand, en ce qui concerne la mienne.
- Je suis plus ambitieux que toi en ce qui concerne la déchéance.
- On est d'accord là-dessus.
- Tu y réfléchiras. Si on laisse le passé pourri et qu'on essaie d'envisager une relation sans calculs mesquins, dans l'intérêt des trois?
- Le fonctionnement actuel me convient parfaitement.
- Il ne convient à personne d'autre. Même pour toi, arrêter la suspicion et le coup pour coup, ça te ferait du bien.
- Tu ne seras jamais un père pour Chloé.
- Etre un ami bienveillant me suffira. Ce sera une promotion notable.
- Maman, je veux un ballon.
- Demande à ton père.

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06 août 2005

Je bois toujours autant et ça me rend lyrique, vous voila prévenus...

    Décimés nous tenons, face au vent, nous marchons et déraisonnablement nous nous obstinons, tous autant que nous sommes, à savourer la vie, cette chienne putride qui nous l'a pourtant dit, qu'elle ne nous prmettait rien si ce n'est que ça finirait mal. Je n'arrive pas, vieille salope, malgré toutes les crasses que tu me fourres dans la gueule, à cracher de la bile. Merde, t'es belle et j'en redemande. Quand tu fous sur mon chemin des êtres comme Clémentine, comme Magali, comme Elia, comme Chloé, comment veux-tu que je ne me foute pas du reste?
    Tu peux me marcher sur les rognons tant que tu veux, va, ça fait mal mais j'ai beau couiner je n'en finis pas de pleurer de bonheur quand je vois que je cotoie des gens précieux comme ça. Et si c'est pour mieux torturer que tu les as mis sur mon passage, eh ben tant pis pour toi, sans blague, je prends ce qu'il y a à prendre. Et ça fait longtemps qu'il ne m'es plus venu l'idée de me plaindre.
    Quand j'étais môme, la nuit me terrorisait. Parce que l'enflure qui me tenait lieu de père m'avait raconté que l'Ogre des Caves sortait de chez lui après le départ du soleil, qu'il se glissait par les souterrains jusque dans les maisons pour aller manger les enfants. Pas les enfants pas sages, hein. Les enfants tout court. La nuit me terrorisait. Jusqu'à ce que ej réalise que le mec qui aurait du me souhaiter tout le bonheur du monde avait sciemment évoqué tout ça pour me foutre les boules. Quand on découvre la méchanceté dans le coeur des gens qui comptent, on n'a plus d'illusions sur grand chose. Quand ça arrive à 6 ans, la nuit, la violence des brutes de l'école, tout ça vous parait bien anodin, subitement. On rend les coups, ou on crève. Je vis la nuit, maintenant. Et je vis bien. Mais j'ai commencé à picoler et à baiser à 12 ans, d'un autre côté. Tout ça consume une carcasse autant que ça la cajôle.
  Alors tu m'as plus qu'à moitié cramé, vieille existence de merde, mais tu ne me feras pas cracher mes crocs et de plaintes. Tu m'enlèves qui tu veux, aussi atrocement que tu veux. Viens donc un peu, pour voir.
    Avec toi, je sais que je ne peux pas rendre les coups, mais j'encaisse et tout ce que tu m'as donné de bonheurs idiots et essentiels, de plénitudes quotidiennes involontaires, inattendues, je les ai toujours dans le coffre, j'en ai plein la poitrine, et je t'emmerde, tu sais, je t'emmerde. Je t'emmerde et je souris à quelqu'un d'autre.

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05 août 2005

J'avais des choses à faire

    J'ai appelé Clémentine, et je sus assez fier de moi. Pour un ours des cavernes habitué aux discussions de salon des soirées bourgeoises plus qu'à la sincérité spontanée qui déssert toujours les faibles, j'ai quand même réussi à faire preuve de bravoure. Je lui ai expliqué ce qui m'avais empêché de prendre contact avec elle. Je n'ai même pas menti. Je me surprends. Je lui ai raconté pour Magali, j'ai même parlé de Bernard et des craintes qu'il entretient chez moi par des allusions régulières, je lui ai dit que j'avais pensé à elle mais que je n'arrivais pas à trouver par quel biais lui parler, comment arriver à l'écouter, qu'il n'y avait pas beaucoup de place pour autre chose que la détresse quand on sait qu'un être cher va pourrir dans pas longtemps. Je me suis excusé. Elle n'a pas beaucoup parlé. Elle est restée là, à m'écouter, à me répéter qu'elle comprenait, maintenant, et qu'on en resterait là, parce que c'était plus impotrant qu'une angoisse à présent obsolète. Enfin, ce ne snot pas ses termes, c'est mio qui explique comme je peux. Bref, j'ai eu le bon goût de tomber amoureux d'une femme assez épatante. Je lui ai dit qu'elle avait intérêt à ne jamais me crever entre les pattes. Elle a rigolé, au bout du fil, de son gros rire pas finaud.
    J'ai téléphoné à mon ex-femme. Je lui ai demandé si on pouvait se voir, avec Chloé. Elle a mal compris, parce qu'elle pensait que je voulais passer prendre ma fille. Je lui ai dit "non, qu'on se voie, tous les trois, Gaelle." Elle a réfléchi un moment, complètement éberluée que MOI je demande ça, hésitant devant une perspective potentiellement catastrophique. Elle a accepté, je l'en ai remercié et puis j'ai demandé si je pouvais parler à Chloé pour savoir où elle voulait qu'on se voie. Je trouvais ça normal que ce soit la gamine qui décide. Chloé est venue prendre le combiné et m'a écouté, elle n'a rien dit. Je lui ai promis que je ne la ferai plus boire d'alcool ni fumer de cigare, en tout cas en présence de sa mère. Elle a dit "d'accord, si vous voulez." J'ai senti que comme Gaëlle, la seule question qu'elle ne posait pas, la seule qui la taraudait pourtant, c'était "à quoi bon? à quoi ça peut servir, ça? qu'est-ce qu'il lui prend?" Elle a fait comme si tout cela était assez anodin. Elle a dit "au MacDo". J'ai soupiré intérieurement et je lui ai dit "bon, si c'est ce qui te fait plaisir". Je me doutais bien qu'elle pensait : "au moins, même si ça tourne au vinaigre j'aurais mon BigMac et ma glace."
    Je suis sorti, j'ai arpenté les rues et j'ai fumé une clope, j'ai pensé à Magali, j'ai pensé à mon frère, j'ai pensé à quelques autres carcasses laissées au bord de ma route. J'ai même eu une pensée pour mon père. Je me suis retrouvé perdu à Cleunay, j'ai pris mon portable et j'ai appelé nu taxi en indiquant le nom de la rue où je me trouvais. J'en ai profité pour écouter mes messages. Des gens me sollicitant pour des soirées privées. Des femmes et des hommes qui voulaient que je passe les voir. J'ai un peu souri, j'ai effacé tout ça. Que je passe les voir. Que je leur donne de quoi se frotter la couenne. Des gens affamés que rien ne rassasie, qui veulent qu'on les apaise. Qu'ils aillent se faire foutre, par quelqu'un d'autre. Je suis allé acheter un flan aux abricots dans une boulangerie. La jeune qui m'a servi était souriante bien qu'incompétente (une stagiaire, sans doute, sortie pour quelque temps de son lycée professionnel), un peu grasse mais avec de beaux yeux et un sourire très frais, très spontané. Je me suis montré aimable, j'ai payé. Je suis sorti avec mon flan aux abricots juste au moment où le taxi arrivait au bout de la rue. J'ai regardé la fille qui servait une vieille peau poudrée du quartier, j'ai eu une pensée généreuse, je lui ai souhaité d'être épargnée par son avenir. J'ai fait un signe au taxi, j'ai pensé à autre chose. Sur le chemin de la maison, je ne pensais déjà plus à rien.

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02 août 2005

bande de malades

    Le terme qui convient est "soirée mémorable". Je n'ai jamais vu Bernard dans cet état et j'espère qu'il ne me verra jamais plus de la sorte non plus. Nous sommes arrivés chez Mag à une heure indue, celle à laquelle elle commence déjà à virer les premiers abrutis. Nous sommes arrivés bras dessus bras dessous, improbable duo débile entre une vieillard inoffensif et un dandy sur le retour, nous sommes arrivés à point nommé pour mettre dehors un connard aviné qui voulait sa part de tendresse en réclamant de façon malpolie. Comme il se doit, je lui ai asséné un joli coup de pied dans le bas ventre et Bernard, à ma grande surprise, a complété par un solide coup de canne dans les reins.
    Le gars s'est effondré, grognant et jurant comme un damné, mais avec Magali, on l'a finalement fait rouler jusqu'au trottoir. Il ne s'était pas fait avoir à la régulière, mais il s'est relevé lourdement et s'en est allé sans demander son reste. Nous sommes rentrés tous les trois nous mettre au chaud, affichant la mine réjouie de gens prêts à remettre ça. J'ai présenté Bernard à magali, qui lui a fait (je l'aurais parié) le coup du baise main, et nous sommes allés nous foutre dans un recoin de comptoir. L'altercation avait du donner des idées aux autres, car l'endroit s'est vidé raisonnablement vite, à l'exception de Dédé Boudard et Jean-Christophe. Ceux là,  ils faisaient pour ainsi dire partie des meubles. " Certains soirs, m'avait dit Magali une fois, j'éteindrais les lumières, je fermerais le bastringue et je rentrerais me pieuter sans m'apercevoir qu'ils sont toujours affalés au comptoir, ces deux zigues." Pas embêtants, en tout cas. Dédé est un vieil alcoolo qui ne picole plus que pour entretenir la distance qu'il maintient avec le réel, en permanence, la larme à l'oeil et l'amertume en bandoulière. Jean-Christophe, lui, c'est plus compliqué. Je n'en parlerai pas ce coup ci.
    Magali a fait son petit ménage en discutant avec nous, elle a laissé la musique gitane et les lumières tamisées, on a bu de sa "liqueur de caillou - 50 ans d'âge" en bavassant comme de spies et on a bien rigolé. Rigolé fort, bêtement et à répétition. Comme quand on a besoin de rigoler.
    On s'est retrouvés tous les trois à parler, une fois les deux autres zigues partis, et Bernard était très en joie, je dois dire. Il devait être ravi de rencontrer enfin "ma pute", et Mag semblait assez logiquement sous le charme de ce vieux machin plein d'esprit et de causticité. On a levé nos verres "à ceux qui auront le mauvais goût de crever avant nous" et on s'est resservis un certain nombre de fois. Je ne sais pas pourquoi je raconte ça. Tout compte fait, ce n'est pas très intéressant.
    Si, quand même. C'était un moment assez joyeux. Contre toute attente et envers et contre tout, bordel, ça mérite quand même d'être dit. Haut et fort, bordel de merde. C'était vraiment pas mal. On a terminé à plus d'heure, comme il se doit. Une fois n'est pas coutume, je leur ai proposé de rester à dormir chez moi. Bernard n'a pas voulu, je l'ai ramené chez lui en voiture (mauvaise idée, vu mon état, mais on y est arrivés, il y a un Dieu pour les connards). Magali a accepté. Elle n'était jamais restée à dormir chez moi, pas depuis une certaine soirée qui s'était un peu mal terminée (pour elle, s'entend). Elle aimait bien l'idée de ne pas dormir chez elle, je pense, pour une fois pas chez elle. On a dormi l'un contre l'autre, gentiment. J'aime cette femme, et je ne pensais plus au fait que son joli vieux corps girond allait bientôt faisander au fond d'une caisse en bois bon marché.
  J'ai eu du mal à m'endormir, malgré tout. L'alcool, la fatigue, l'envie de la sentir respirer blottie contre moi, de me souvenir plus tard de ça, d'un moment aussi précieux que ça. Que quelqu'un se souvienne de ça à son propos. J'ai eu envie d'appeler Clémentine, pour la rassurer, lui dire que je la rappellerais plus tard pour lui expliquer, que j'étais prêt à communiquer sur un certain nombre de choses, pour lui dire des mots gentils et sincères (j'étais vraiment bourré), mais j'ai eu peur de la réveiller. Et, bien que conscient du fait que cette précaution légitime était une connerie absolue, je m'y suis tenu, me promettant de l'appeler le lendemain.
    Ce que j'ai fait, et, promis, je le raconterai aussi. Pour cette fois, cependant, j'aimerais qu'on en reste à une image, une odeur, un son, une impression, celles de la présence à mes côtés d'une femme bonne comme le bon pain. Cette femme, je l'avais contre moi, endormie et confiante, envers et contre tout, pourvue jusqu'au bout d'une nature généreuse et entière. Et il m'était donné, injustement et égoïstement, d'être dans ses parages jusqu'au petit matin. JUsqu'au matin, au moins.

Posté par herisson sauvage à 01:04 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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