17 août 2005
altercation féconde (2)
Pour un peu je l'aurai
raté, et je me serai vautré sur le bitume comme un tocard. Mais il
était suffisamment large pour que, même soul et fatigué, je lui rentre
dans le lard plein pot. Il a eu un petit cri étouffé des plus
excitants, tandis qu'on se foutait par terre en vrac. Dans l'ombre de
la carosserie qu'il avait entrepris de ruiner à coups de tatanes, je
découvris son apparence désagréable.
Un abruti en
costume de cadre moyen voire supérieur sur le retour, une tronche
d'informaticien quadra replet, des lunettes chères et sans goût, bref
un type à savater sans scrupules. Qu'est-ce qu'il avait à frapper ma
bagnole, comme ça? Bon, j'avoue que c'était avant tout un prétexte,
parce que je n'en avais vraiment rien à foutre, de ma voiture, mais
quand même ! Ce type était con, ou quoi?
La réponse bien sûr, était : oui, à fond.
Il se laissa bastonner en se protégeant à peine le visage et les
parties génitales, je lui en bourrai plein le mou, ça faisait des
bruits sourds quand je m'abattais la pogne sur sa viande, mais très
vite je sentis que son manque de combativité me sapait le plaisir. Je
lui mis bien un coup de taloche dans la gueule qui lui arracha un
couinement pathétique et jouissif, mais pour le reste c'était comme de
s'énerver sur un bout de jambon enroulé dans du tissu : ça n'a pas de
goût. Je me relevai, haletant, complètement fou de rage, et je le
laissai reprendre son souffle et se demander à quelle sauce il allait
continuer d'être assaisonné.
Je m'avisai alors que
d'autres mecs nous regardaient. Une ou deux femmes, aussi. Personne ne
mouftait, personne, pas un pour intervenir. Jolie lie de l'humanité ordinaire. N'empêche, ils regardaient tous d'une façon très bestiale,
pleine de crainte et d'excitation contenues. Je devais leur foutre un
peu les jetons, aussi, avec mon regard de taré. Le neuneu en costard se
releva un peu, renifla le sang qui lui sortait des narines et des
gencives, se tâta là où, oui, là, décidément ça faisait mal. Il geignait un
peu, mais sans plus. Fade, décidément. Il me regarda et dit, d'une voix
relativement sereine :
- Votre voiture génait.
- Pardon? dis je d'une voix sans doute un peu trop agressive.
- Elle génait. Je ne pouvais pas sortir.
Je lui décochai un coup de pied dans le buffet. Il perdit d'un coup de soufflet sanguin le peu d'air qu'il avait dans les poumons et s'écoula comme une merde.
-
Et celle là, elle t'empêche de sortir, dugenou? Tu ne pouvais pas venir
dans la station chercher qui avait laissé sa voiture au mauvais
endroit, non, fallait que tu t'en prennes à la carosserie, en petite
brute bien lâche que tu es.
Il se redressa, mit un peu
d'ordre dans sa tenue. J'en profitai pour faire de même. Le regard
qu'il m'adressa, derrière ses lunettes aux branches désormais tordues,
était franc et amer. Je lui flanquais une claque bien sonore qui marqua son visage durablement. Il finit par répondre, du coup.
- J'ai eu une rude journée, me dit-il.
- Tu n'es pas le seul, ducon.
- J'ai eu une rude semaine.
- Punaise, ma vie a été rude, bordel, est-ce que je tape sur tout ce qui me bouche la vue pour autant?
- Non, c'est vrai, ce n'est pas une raison. Mais je crois que j'avais besoin d'un prétexte.
Etant donné que la pensée qui me vint fut : "moi aussi, et tu me
l'as offert sur un plateau, ce fichu prétexte", je fus d'emblée empli
d'une humeur plus humaine.
je lui souris et lui
proposai d'aller lui payer un verre. Le fait qu'il accepte aussitôt
m'encouragea à penser qu'il s'agissait d'un tocard pas si affligeant
que ça. Et c'est comme ça que j'ai rencontré Ivan.
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